La dernière leçon de pêche À six heures du matin, Manon attendait son grand-père près de l’eau, à Marseille. Elle avait dix-sept ans, un sac sous les pieds et son train partait le lendemain pour une autre ville. René est arrivé avec deux cannes, un seau et du pain dans un vieux journal. Il a posé une canne dans les mains de Manon. « Grand-père, je dois finir mon sac et revoir Sami ce soir. » « Le sac peut attendre, et Sami peut attendre une heure. » « Tu ne connais même pas Sami. » « Je connais son nom, parce que ton téléphone le dit toute la journée. » Manon a tourné la tête, mais son téléphone a justement fait un petit bruit. Un message de Sami disait : « Tu viens ce soir, ou tu pars sans me dire au revoir ? » Elle a mis le téléphone sous son sac. René a coupé un petit morceau de pain et l’a placé sur l’hameçon. « Regarde bien, parce que je ne vais pas faire ça dix fois. » « Tu le fais déjà depuis quinze minutes. » « Alors tu dois être une excellente élève maintenant. » Manon a lancé la ligne trop fort, et l’hameçon est tombé derrière eux. René s’est baissé juste avant de recevoir le pain sur la tête. « Très dangereux, la pêche avec toi. » « Tu voulais absolument m’apprendre. » « Oui, mais je voulais rester vivant. » La deuxième fois, la ligne est tombée dans l’eau. Manon tenait la canne d’une main et regardait son sac. « Réponds à Sami », a dit René. « Je ne sais pas quoi lui dire. » « Dis la vérité. Tu pars demain, pas dans cent ans. » « C’est facile pour toi. Tu restes ici. » René n’a rien répondu, et il a sorti son propre téléphone. Il l’a donné à Manon avec un air sérieux. « Maintenant, tu vas m’apprendre les messages avec la voix. » Manon a regardé l’écran et a vu un seul contact : « Manon ville ». « Pourquoi tu as écrit ça ? » « Pour ne pas appeler une autre Manon qui reste à Marseille. » Elle a changé le nom, puis elle lui a montré comment garder le doigt sur le petit signe. René a essayé, mais il a envoyé seulement le bruit de sa bouche et trois secondes de vent. Manon a ri, puis la canne a bougé dans son autre main. « Grand-père, il y a quelque chose ! » « Alors arrête de rire et tire doucement. » Elle a tiré, perdu la ligne, puis tiré encore, et un petit poisson est enfin sorti de l’eau. René n’a pas touché la canne, même quand le poisson a sauté près de ses chaussures. Manon a retiré l’hameçon seule et a remis le poisson dans l’eau. Ensuite, elle a pris le téléphone de René et a envoyé un message avec sa voix : « Premier poisson, et demain je t’appelle. »