Le passage Rose Le dîner chez Marie commençait à huit heures, et Lucie portait le gâteau d’anniversaire. Sa cousine visitait Paris pour la première fois, mais Étienne vivait là depuis vingt ans. Quand Étienne est arrivé devant l’hôtel, Lucie lui a montré une adresse sur un papier. « C’est au 18, passage Rose, a dit Lucie. Marie m’a demandé de ne pas arriver en retard. » Étienne a mis le papier dans sa poche sans le regarder longtemps. « Pas besoin de plan, et surtout pas besoin de téléphone. Je connais chaque rue de Paris. » « Chaque rue ? » « Bon, presque chaque rue, mais le passage Rose est très connu. » Ils ont tourné à gauche, puis ils ont passé une banque et un petit café. Devant le café, une table rouge était seule sur le côté de la rue. « Nous allons vers le nord, a expliqué Étienne. C’est plus rapide. » « Comment sais-tu que le nord est par là ? » « À Paris, je le sens. » Dix minutes plus tard, la rue finissait devant un grand mur blanc. Étienne a regardé le mur comme si le mur avait fait une erreur. « C’est nouveau, a-t-il dit. Avant, cette rue continuait. » « Tu es venu ici avant ? » « Pas exactement ici, mais très près d’ici. » Ils sont revenus vers la banque, puis ils ont retrouvé le petit café. La table rouge était toujours seule devant la porte. « Nous avons déjà vu cette table, a dit Lucie. » « Beaucoup de cafés ont des tables rouges. » Étienne a choisi une autre rue, puis une troisième, qui les a conduits devant le même café. Cette fois, un homme était assis à la table rouge avec un verre d’eau. Lucie a changé le gâteau de main et a regardé l’heure. « Le gâteau était froid quand nous sommes partis, mais maintenant il est presque chaud. » « C’est peut-être un gâteau moderne, a répondu Étienne. Il change pendant le voyage. » Un camion blanc est alors passé devant eux et a tourné à droite. « Suivons ce camion, a dit Étienne. Les camions connaissent toujours les bonnes adresses. » « Le camion n’a pas de tête, Étienne. » « Mais l’homme qui le conduit en a une. » Ils ont suivi le camion pendant plusieurs minutes, jusqu’à son arrêt devant la banque. Le camion était revenu au même endroit, et la table rouge était encore visible. Lucie a posé le gâteau sur la table et a tendu la main. « Donne-moi le papier. » « Je n’ai pas besoin du papier. » « Toi, non, mais le gâteau en a besoin. » Étienne a sorti le papier, et Lucie a lu l’adresse doucement. « Passage Rose, pas rue Rose. Depuis une heure, tu cherches la rue Rose. » « Un passage est une sorte de rue », a répondu Étienne. À ce moment-là, un bus est parti du coin devant eux. Derrière le bus, les mots « passage Rose » étaient écrits sur un mur. Lucie a repris le gâteau sans rien dire, puis elle a traversé la rue. Le numéro 18 était à moins d’une minute du café et de sa table rouge. Quand Marie a ouvert la porte, elle a regardé la boîte qui n’était plus droite. « Vous avez eu un accident ? » Lucie a donné la boîte à Étienne. « Non, a dit Étienne, mais le gâteau connaît Paris mieux que moi. »